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Témoignage de M Wolff
Article mis en ligne le 24 janvier 2014
dernière modification le 23 janvier 2014

par Evelyne Marsura

Henri Wolff est né en Belgique, mais au moment de l’exode, la famille s’enfuit et s’installe en « zone dite libre » dans la Creuse, à Saint-Hilaire-le-Château. Le 26 aôut 1942, plus de 10 000 juifs de la zone libre française sont arrêtés par la police française et livrés aux nazis. C’est un bref séjour au camp d’internement de Nexon, puis le départ pour Drancy.

Le 31 août 1942, Henri et sa mère sont déportés à l’Est par le convoi n° 26. Il a alors 16 ans. 1000 personnes sont entassées dans des wagons à bestiaux, avec deux seaux par wagons, pas ou peu de nourriture, l’obligation de rester plus ou moins debout pour ne pas être étouffé par les autres. Après 4 jours et 3 nuits d’un voyage éprouvant, le convoi arrive à Auschwitz-Birkenau. 8 personnes sont mortes pendant le voyage.

A Birkenau, les nazis sortent des wagons 27 jeunes garçons et jeunes filles. Personne ne sait alors ce que signifie cette sélection. La mère d’Henri se doute peut-être « Elle était belle. Elle portait une robe bleue et rouge. Nous nous sommes regardés. Ses yeux étaient plein de larmes. Un garde a refermé une porte. Je ne l’ai plus jamais revue. Elle avait 36 ans et 36 heures à vivre. Et je ne le savais pas »

A l’arrivée à Auschwitz, les déportés sélectionnés pour une mort plus lente allaient en camp de quarantaine. Il s’agissait d’une « sorte d’école où les déportés apprenaient la vie » du camp : sport dans la neige à 4 h du matin, apprentissage du salut hitlérien que l’on répétait parfois pendant des heures. Il y avait la tonte des cheveux, les habits de prisonnier bleu à rayures blanches, le tatouage du numéro sur le bras que l’on devait connaître par coeur en allemand... c’était surtout la destruction de la personnalité . Leur seule carte d’identité était sur un bout de tissu cousu sur la veste , un triangle de couleur pour indiquer la raison pour laquelle ils étaient là ( juif, résistant, communiste...), une lettre qui indiquait le pays d’où ils venaient et le numéro.

Dans les baraquements , ils dormaient à 5 ou 6 sur des sortes de lits à trois étages. Lorsque quelqu’un voulait se retourner, c’était donc toute la rangée qui devait se retourner. « Le mieux était d’être à l’étage le plus haut, ainsi on ne se faisait pas fouetter le matin par les SS comme c’était le cas pour les étages inférieurs ». Henri qui était devenu au fil des ans « un petit numéro », c’est-à-dire que cela faisait longtemps qu’il avait été déporté, bénéficiait des étages supérieurs. « Il fallait aussi être le plus au milieu possible, car les couvertures étaient courtes, et il n’y en avaient qu’une par étage ». Les chambres étaient toujours infestées de poux et de punaises. L’hiver il faisait très froid, jusqu’à -30°C l’hiver 1942, les baraquements faits de bois retenaient mal la chaleur. « Il faut venir à Auschwitz en hiver pour comprendre ce qu’est l’hiver polonais, ce qu’était Auschwitz... »

Le matin, le réveil se faisait vers 4h, les déportés avalaient un liquide chaud qui n’avait de café que le nom, puis c’était l’appel qui durait des heures parfois. Les prisonniers se mettaient en rang à l’extérieur, même par les températures les plus basses. Il fallait rester debout sans bouger pendant plusieurs heures pour que les S.S. comptent le nombre de personnes mortes durant la nuit, le nombre de survivants. Parfois, une petite pluie fine s’abattait, les recouvrant, et comme ils ne pouvaient bouger, elle finissait par geler, sur leurs habits, leur peau.

Lorsque les SS le décidaient, les déportés allaient aux toilettes. Au début de Birkenau, c’était une longue fosse et des planches installées au dessus en V. Les déportés, pour ne pas tomber dans la fosse, devaient se tenir les uns aux autres. Puis, les planches furent remplacées par des toilettes « un peu plus confortables », une planche de béton avec des trous : il n’y avait plus de risque de tomber . Le temps passé aux latrines était apprécié, on faisait tout pour y rester le plus longtemps possible. D’abord, il y faisait chaud, et puis c’était l’un des rares lieu où les déportés pouvaient apporter des nouvelles, lorsqu’ils venaient juste d’arriver au camp par exemple. Un jour qu’il était aux latrines , Henri Wolff vit un SS battre sans raison un déporté déjà très affaibli « Pourquoi ? » Le SS regarda mon petit numéro qui me donnait le privilège de demander pourquoi et répondit en riant : « Pourquoi ? Mais tu le sais très bien ! Ici, il n’y a pas de pourquoi ! »

Dans le camp de Birkenau, il y avait un infirmerie. Henri nous en parle : « Un jour, je suis allé à l’infirmerie car j’avais reçu un coup de matraque et j’avais une plaie infectée à à la tête. On me mit pour pansement du papier toilette. J’y restais un moment. Le médecin vint vers moi et me dit : » Je pense que demain il y aura une « perquisition » . Tu devrais mieux t’en aller.« C’est ce que je fis. Et en effet, il y eu le lendemain une »perquisition« , c’est-à-dire qu’ils disaient emmener tous les malades pour les soigner, pour qu’ils se reposent. Mais en fait, il n’allaient pas bien loin puisqu’on les emmenait au fond du camp, vers les chambres à gaz. »

Henri a dû travailler à la reconstruction d’une mine de charbon, puis il revint à Birkenau dans une école de maçon et fut affecté dans d’autres kommandos... C’est à ce moment-là qu’il évoque le camp tsigane et les chants tsiganes au retour du travail jusqu’au soir où il n’y a plus eu de chants, plus de tsigane, plus de camp tsigane.

Son dernier voyage est celui de la « marche de la mort », lorsqu’à l’approche des alliés, les nazis ont décidé d’effacer toutes traces de leurs crimes. Ils ont fait sauter les chambres à gaz et ont conduit les rescapés à travers une marche d’évacuation qui était une dernière tentative d’extermination. Les déportés ont marché ainsi pendant des mois avant d’être embarqués dans des wagons à charbon en direction de Dachau. ils étaient 2060 à partir d’Auschwitz en janvier et 70 à Dachau en avril 1945 . C’est là que Henri Wolff a été enfin libéré le 28 Avril 1945. Peu de personnes sont rentrées d’Auschwitz , mais en rentre-t-on vraiment un jour ?

Monsieur Wolff a accompagné notre groupe lors du voyage à Auschwitz proposé par le Conseil général du Rhône.


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